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Historique

Jean Monet, fils de…

Fils aîné de l’artiste impressionniste et de Camille Doncieux, Jean Monet est né le 8 août 1867. Itinéraire d’un enfant fragile à la destinée contrariée…


© The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN-Grand Palais / image of the MMA

Claude Monet et son épouse sont en proie à de grandes difficultés financières lorsqu’ils accueillent, dans leur foyer, le petit Jean. «Un gros et beau garçon» qui inspire à son père un sentiment d’affection dont il s’étonne lui-même. Filleul du peintre Frédéric Bazille et de Julie Vellay, compagne de Pissarro, Jean est baptisé en avril 1868… Après des allers-retours entre Paris et le Havre, le trio s’installe, au printemps 1868 et sur les conseils d’Emile Zola, à l’auberge de Gloton (Hameau de Bennecourt). Mis à la porte car perclus de dettes, Claude Monet place Camille et Jean chez des villageois…

Automne 1870 : fuyant la guerre franco-prussienne, Claude Monet embarque, avec Camille et Jean alors âgé de trois ans, pour Londres. Après une halte en Hollande, ils rentrent à Paris à l’automne 1871. Attendri par son enfant, Claude Monet le peint à plusieurs reprises. En 1867 déjà, il peignait «Jean Monet dans son berceau». (National Gallery of Art de Washington). Cinq ans plus tard, il croquait, à Argenteuil, «Jean Monet sur son cheval mécanique» (Metropolitan Museum of Art de New York). Claude Monet conserva ce tableau sa vie durant ! Le petit Jean est également présent sur la scène du «Déjeuner» (Musée d’Orsay) peint en 1873. En 1875 et alors âgé de 8 ans, il est l’une des figures de la toile «Un coin d’appartement» (Musée d’Orsay). Et avez-vous remarqué qu’il occupe le second plan de la peinture «La promenade ou femme à l’ombrelle» (1875 – National Gallery of Art) ?

A la fin de l’été 1878, Claude Monet et son épouse s’installent à Vetheuil avec les membres du clan Hoschedé. Le petit Jean, mais aussi son frère Michel, né le 17 mars 1878, cohabitent avec les six enfants d’Alice et Ernest Hoschedé. Alors que les revers matériels s’accumulent, Camille, malade, s’affaiblit chaque jour un peu plus. Elle décèdera des suites d’un cancer  le 5 septembre 1879. Alice endossera, dès lors, un rôle de mère pour le jeune Jean âgé de 12 ans… Tandis que l’avenir du clan s’éclaircit peu à peu, Claude Monet peint, courant 1880, un magnifique portrait de son fils sobrement intitulé «Jean Monet» (Musée Marmottan Monet)…

Après avoir posé ses valises, en décembre 1881, à Poissy, Claude Monet rêve d’un endroit fixe pour y abriter sa famille. Il dénichera, au printemps 1883, le paradis givernois. Agé de 16 ans, Jean suit les enseignements de la pension Dubois de Vernon. Outre le français, le jeune homme étudie les sciences, l’anglais, le latin et l’allemand. Avec son frère et les enfants Hoschedé, il aide son père côté jardin. « Nous nous sommes tous mis au jardin, aimait à raconter Claude Monet. Je bêchais, plantais, sarclais moi-même ; le soir, les enfants arrosaient…»

Février 1891. Agé de 24 ans, Jean intègre, en tant que chimiste, la fabrique de colorants pour textiles dirigée par son oncle Léon à Maromme, près de Rouen. Et saviez-vous que le 9 juin 1897, il épouse Blanche, la fille d’Alice Hoschedé et petite préférée de Claude Monet ? Malade des poumons, Jean quittera l’entreprise de Léon Monet en 1909. Il s’essaiera vainement à la pisciculture à Beaumont le Roger. En 1913, Claude Monet installe Jean et Blanche dans la villa givernoise des Pinsons. Mais l’ex-chimiste ne cesse de s’affaiblir. A bout de forces, il décèdera à l’âge de 46 ans le 9 février 1914. A-t-il, de part son activité professionnelle, respiré un air démesurément toxique ? A-t-il été victime de la pollution de l’air de la vallée du Cailly, où se concentraient de nombreuses fabriques brûlant quantité de charbon ? Les mauvaises langues ajouteront que Jean serait mort des suites de la syphilis qu’il aurait contractée lors d’un séjour en Suisse… Lorsqu’il transmettra la triste nouvelle à ses correspondants et amis, Claude Monet évoquera une congestion cérébrale. «Notre consolation est de penser qu’il ne souffre plus, car c’était un vrai martyr…»

De gauche à droite : Michel (assis), Alice Hoschedé, Claude Monet, Jean-Pierre, Blanche, Jean, Jacques (debout), Marthe (au premier plan), Germaine et Suzanne. (1886). Copyright : musée Marmottan Monet ©Bridgeman Image.