Un Noël à Giverny…

Noël et son cortège de traditions, douceurs et présents approche à grands pas. Comment le clan Monet-Hoschedé célébrait-il, en son temps, ces fêtes de fin d'année ? Quels mets virevoltaient à la table du peintre givernois ? Retour dans le Giverny d'antan...

Vous souvenez-vous du petit salon bleu ? C’est ici, dans cette pièce aux allures de boudoir cosy, que la maîtresse des lieux installait son sapin de Noël orné de décorations chatoyantes. Au pied de l’arbre étaient disposés les présents destinés aux enfants de la maisonnée. La patience était de rigueur pour Jean, Michel, Jean-Pierre, Suzanne, Marthe, Jacques, Blanche et Germaine puisque cette joyeuse troupe n’avait pas le droit de déballer ses cadeaux la veille de la Nativité. A la fin du XIXe siècle, il était en effet de coutume, dans les familles aisées, d’attendre l’issue du repas du 25 décembre… voire le 31 décembre ! Ainsi du portrait de Jean-Pierre Hoschedé, que Claude Monet offrit à Alice un soir de Saint Sylvestre… Etrennes glissées dans une enveloppe et communément appelées « petits papiers », confiseries ou bijoux ( broches d’or, épingles perlées…) comblaient petits et grands. Des cadeaux qui évolueront à mesure que s’inventent les grands magasins, dont les catalogues font pétiller les yeux des enfants…

C’est à midi pile que les habitants de la maison rose sont conviés, le jour de Noël, à passer à table. Car l’on déroge, ce jour là, à la règle du 11h 30 tapantes ! De la cuisine s’échappent de délicieuses et envoûtantes effluves. Marguerite, la déesse des fourneaux, est aux commandes ! Entre guirlandes de feuilles et fleurs, dont du mimosa, porcelaine blanche à large marli jaune réhaussé d’un filet bleu et argenterie des grands jours, la table brille de mille feux. Et que dire de la valse des plats ! «Lors de ces déjeuners de Noël, on redécouvre cette survivance de temps anciens où un sévère esprit de caste régnait sur la basse-cour, mettant l’oie au plus bas de l’échelle sociale, où l’on fait le plus grand cas du poulet, et où seuls les chapons et les poulardes sont dignes de figurer sur une bonne table», explique Claire Joyes dans l’ouvrage «Les carnets de cuisine de Claude Monet à Giverny» (Chêne). Oeufs brouillés aux truffes, foie gras de Strasbourg truffé en croûte laissent bientôt place au chapon farci sur un lit de marrons et truffes du Périgord. Puis vient la salade de mâche, suivie d’un roquefort ou gorgonzola. L’instant tant attendu des enfants ? Le fameux pudding de Londres flambé au rhum ! Sans oublier la traditionnelle glace à la banane moulée comme un pain de sucre, péché mignon du maître des lieux… Un festin qui s’achève sur un café servi dans le salon-atelier et accompagné du rituel des eaux-de-vie, marcs et liqueurs des îles. 

Point de lendemain de fête qui déchante chez les Monet puisque la tribu se réunissait, le 26 décembre, chez Marthe, l’une des filles d’Alice mariée à Theodore Butler. Au programme, un déjeuner tout aussi pantagruélique !