Jean-Marie Avisard «Nous avons hâte que le public revienne !»

Les portes de la Fondation Monet, qui auraient dû se réouvrir le 1er avril, sont restées closes en raison du contexte épidémique actuel. Envie d'entrer, même virtuellement, dans l'écrin du maître impressionniste ? Emboîtez le pas de notre chef jardinier Jean-Marie Avisard...

Comment vous êtes-vous adaptés à cette situation particulière ?

Nous faisons en sorte de ne pas travailler en groupe, mais à quelques mètres les uns des autres. Et parfois même à cinquante mètres tant le jardin est vaste ! Tous les embauchés sont là. Bien sûr, il nous est impossible de recevoir, cette année et comme à l’accoutumée, des bénévoles ou stagiaires… Alors, on s’adapte ! D’une manière générale, nous faisons attention à ce que chacun ait son espace et soit protégé.

Quid des conséquences du confinement sur la production ?

C’est un casse-tête supplémentaire. Avec les commandes, c’est très compliqué. Les transporteurs ont du mal à livrer, les fournisseurs ont du mal à se fournir eux-mêmes auprès des grossistes… Certaines plantes sont remplacées ou ne sont pas livrables. On est obligé de s’adapter et de faire avec. Mais ça n’aura pas une grosse incidence sur le jardin. On arrive toujours à se débrouiller !

Quel spectacle nous offre le jardin en ce début avril ?

Le jardin est plutôt en avance car nous avons eu un hiver très doux. Nous y avons déjà beaucoup de couleurs et de fleurs ! Les narcisses sont sortis très tôt. Le massif de tulipes roses et myosotis situé devant la maison est splendide ! L’allée centrale est habillée de multiples taches de tulipes en fleurs. Les cerisiers et prunus sont en pleine floraison devant la maison. Les magnolias sont déjà défleuris ! Toutes les plantations de rosiers sont achevées. Pour cette année, cela va faire encore un peu juste mais nous aurons une belle roseraie l’année prochaine. On a également fini de tailler tous les rosiers sur l’allée centrale et ils sont magnifiques ! En résumé, le printemps est plus en avance que l’année dernière où l’on avait eu des coups de gel un peu tardifs. En espérant qu’il ne fasse pas trop froid dans les prochains jours !

 

Quelles floraisons sont à venir ?

Les giroflées vont arriver et donner encore plus de couleurs au jardin ! Les premiers rosiers vont ensuite commencer à pointer leur nez. Les pivoines du Japon ont beaucoup de boutons. J’espère qu’il ne va pas faire trop froid car elles ne vont pas apprécier ! Et, à la première vague des tulipes précoces succèdera celle des tulipes tardives. Nous aurons des tulipes jusqu’à la mi-mai.

Et du côté du jardin d’eau ?

La grande nouveauté est que nous y avons créé une grande pelouse, sur la gauche, à la sortie du tunnel. Cela ouvre et aère l’endroit qui était un peu étouffant et sombre. Ensuite, c’est un peu le même scénario que dans le Clos Normand. Actuellement, il y a les tulipes, pensées, myosotis. D’ici une dizaine de jours, les azalées vont commencer à fleurir. Tout va devenir plus intéressant à partir du 15 avril ! La glycine commence un petit peu à pointer. J’espère aussi qu’elle ne va pas subir un coup de gel comme l’an passé…

 

Les serres fourmillent, elles aussi, d’activité ?

Une équipe s’attèle actuellement au repiquage des annuelles. Elle prépare toutes les fleurs dont nous aurons besoin à partir du mois de mai, pour la deuxième vague de plantation.

Quelles autres tâches devrez vous accomplir en avril ?

Nous sommes en train d’installer tout notre système d’arrosage car cela commence déjà à sécher. Un gros travail car c’est assez long ! Nous devrons aussi poser les tuteurs sur certaines fleurs comme les pivoines. Et puis, bien évidemment, beaucoup de désherbage dans les massifs que nous avons plantés cet hiver. En résumé, beaucoup de travaux d’entretien !

Vous travaillez sans relâche depuis le 2 novembre pour préparer le jardin. Comment vivez-vous le fait de ne pouvoir présenter aux visiteurs le fruit de ce labeur ?

On est un peu frustrés car notre objectif est de montrer aux visiteurs ce que l’on a fait et leur offrir le plus beau des jardins ! Nous n’avons pas l’impression d’avoir travaillé pour rien mais la frustration est là. C’était encore plus compliqué le 1er avril, jour où nous aurions dû rouvrir… Lorsqu’une saison s’achève, on aime l’idée de se réapproprier les lieux et d’y travailler dans la sérénité. Mais, au bout d’un moment et lorsque le jardin est prêt, on a hâte que les visiteurs reviennent pour le partager avec eux !