Et Claude Monet rencontra Giverny…

29 avril 1883. Claude Monet s'installe avec les siens à Giverny. Comment ce natif de Paris, qui promena son chevalet sous d'innombrables lumières, dénicha-t-il ce petit coin de paradis caché au fin fond de l'Eure ?

«Ah, si j’étais installé dans un endroit fixe.. », se répétait inlassablement un Claude Monet en quête de stabilité. Alors qu’en ce printemps 1883, il doit quitter sa maison de Poissy dans laquelle il s’était installé en décembre 1881, le peintre rêve de mettre fin à ses épuisantes et interminables pérégrinations. Désireux de dénicher une résidence qui l’éloignerait de Paris tout en lui permettant d’y revenir une fois par semaine, il jette son dévolu sur la Normandie…

Entre Claude Monet et la Normandie, l’histoire est déjà écrite depuis belle lurette. S’il coule les cinq premières années de sa vie à Paris, c’est au Havre, où réside sa tante Marie-Jeanne Lecadre qui jouera un rôle déterminant dans sa vie, qu’il grandit. C’est au Havre qu’Oscar-Claude Monet découvrit la peinture aux côtés d’Eugène Boudin. Et c’est encore et toujours au Havre et en 1872 qu’il peindra, depuis une chambre de l’hôtel de l’Amirauté, l’oeuvre fondatrice de l’impressionnisme, «Impression Soleil Levant». Honfleur (1866), Etretat (hiver 1868-1869) où il peindra cette fantastique oeuvre de jeunesse «La Pie», Trouville (1870), Fécamp (1897), Dieppe ou encore Pourville (1882)… L’artiste, fasciné par cette lumière aussi insaisissable que changeante, n’aura de cesse de sillonner sa région de prédilection. En plus d’éveiller ses émotions tout autant que son inspiration, les terres normandes le rassuraient et le ressourçaient. Lorsqu’il traversait des périodes difficiles, en particulier sur le plan financier, Claude Monet mettait cap sur sa chère Normandie. Ainsi de l’été 1867 où, en proie à de grandes difficultés financières, le peintre passe l’été en famille dans une station balnéaire de la Manche. Il en reviendra avec la toile «Terrasse à Sainte-Adresse», où il croque sa tante et son père sur fond de navires à vapeur et voiliers. Un chef d’oeuvre qui cimentera son lien inébranlable avec la Normandie…

Claude Monet (1840-1926) Sur la plage à Trouville 1870.
Huile sur toile, 38 × 46 cm
Legs Michel Monet, 1966. Inv. 5016
© Musée Marmottan Monet, Paris / Bridgeman Images.

 

S’il affectionne la mer et ses rivages, c’est sur les bords de Seine que Claude Monet choisira de poser ses valises jusqu’à ses derniers jours. Mais comment diable découvrit-il le paisible village de Giverny, à l’abri des regards indiscrets et habité par seulement 279 âmes en 1883 ? Daniel Wildenstein confirme, dans «Monet ou le triomphe de l’impressionnisme», que Claude Monet connaissait la ville de Vernon depuis longtemps. S’y promena-t-il lors de son séjour à Bennecourt en 1868 avec Camille Doncieux ? Beaucoup s’accordent à le penser. Y retourna-t-il lorsqu’il séjourna, de 1878 à 1881, à Vétheuil ? C’est fort probable. Si l’on en croit son beau fils Jean-Pierre Hoschedé, c’est à la faveur d’un voyage de prospection dans le petit train reliant Vernon à Gisors que Claude Monet aurait repéré Giverny. Une balade à pieds aurait également permis au peintre de confirmer son coup de coeur pour le village eurois. Germaine, soeur de Jean-Pierre, déclara même que Claude Monet aurait été séduit par les arbres fruitiers de la maison du Pressoir. La fameuse maison au crépi rose et volets verts qui scella, à jamais, le destin de Claude Monet…