Automne 1890 : Claude Monet achète sa maison givernoise !

C'est à l'aube de la cinquantaine que Claude Monet devint enfin propriétaire. Retour sur les coulisses d'une acquisition...

Mai 1883. Propriétaire terrien givernois, Louis Joseph Singeot consent à louer à Claude Monet la maison aux volets verts et crépi rose. Sept ans plus tard, ce même cultivateur et viticulteur se décide à la mettre en vente. Une opportunité que saisit, sans l’ombre d’une hésitation, le clan Monet Hoschedé ! Marchand d’art visionnaire et ardent défenseur des impressionnistes, Paul Durand-Ruel est mis à contribution : «Je serai obligé de vous demander pas mal d’argent, étant à la veille d’acheter la maison que j’habite ou de quitter Giverny, ce qui m’ennuierait beaucoup, certain de ne jamais retrouver une pareille installation ni un si beau pays», écrit l’artiste à son bienfaiteur…

C’est en l’étude de Maître Grimpard, notaire à Vernon, que la vente se formalise le 17 novembre 1890. Le prix de vente est fixé à 20.000 francs, payables en quatre versements le 1er novembre de chaque année à compter de 1891. Que représentait, à l’époque, cette somme pour Claude Monet ? La missive envoyée à Paul Durand-Ruel traduisait-elle des difficultés financières ? Il semblerait que non. Songez qu’en 1889, la vente d’un seul de ses tableaux, «la Seine à Vétheuil,» rapporta 7 900 francs à Claude Monet ! Depuis 1886, date à laquelle Paul Durand-Ruel lui ouvre les portes du marché américain, Claude Monet goûte à une croissante aisance financière. Et il n’aura, en outre, aucun mal à honorer ses futures annuités immobilières. Souvenez-vous, le 4 mai 1891, de l’exposition fructueuse de quinze Meules. «A peine ouvert, tout est vendu, dans les trois à quatre mille chaque !», rapportera le peintre Pissarro…

En plus d’en dire long sur les finances de Claude Monet, ce précieux acte de vente renseigne sur l’état exact de la propriété en 1890. Il y est fait état «d’un seul atelier de peinture en aile, à l’extrémité ouest de la maison d’habitation». Ce n’est, en effet, qu’en 1897 que l’artiste édifiera un second atelier doté d’une immense verrière…

En devenant propriétaire des lieux, Claude Monet peut continuer à modeler, comme il l’entend, son repère enchanteur. Bientôt, son jardin se confondra avec sa peinture.  Quant aux destins de Claude Monet et de Giverny, ils seront à jamais entremêlés…