Août 1870 : Claude Monet pose son chevalet à Trouville…

C'est avec la mode des bains de mer que la station balnéaire de la côte fleurie sortit de l'anonymat au XIXe siècle. Ses charmes furent vantés par d'illustres artistes dont Eugène Boudin ou Camille Corot. Mais saviez-vous que Claude Monet, lui aussi, peignit à Trouville durant l'été 1870 ?


Claude Monet (1840-1926) Sur la plage à Trouville 1870.
Huile sur toile, 38 × 46 cm Legs Michel Monet, 1966. Inv. 5016
© Musée Marmottan Monet, Paris / Bridgeman Images

28 juin 1870. Entouré de quatre témoins dont le peintre Gustave Courbet, Claude Monet épouse, dans le VIIIe arrondissement parisien, la douce et bienveillante Camille Doncieux. Quelques jours plus tard et à la veille de la guerre franco-prussienne, les jeunes mariés prennent pension à l’hôtel Tivoli de Trouville-sur-mer, un établissement modeste éloigné de la plage. Venu au monde le 8 août 1867, leur fils Jean les accompagne. Confronté à une situation financière catastrophique, Claude Monet, alors âgé de 29 ans, caresse l’espoir de vendre ses œuvres aux insouciants nantis qui déambulent sur les planches…


S’il peint «L’Entrée du port» à l’embouchure de la Touques, Claude Monet se focalise sur les mondanités balnéaires de la grande bourgeoisie de la fin du Second Empire. Ainsi et installé sur la terrasse du front de mer croque-t-il «l’Hôtel des Roches Noires» qui, une génération plus tard, deviendra le lieu de villégiature de Marcel Proust. Sur la plage, le peintre fixe l’ombrelle des élégantes et prend pour modèle une Camille portant une robe claire et un chapeau à fleurs…

A la mi-août, Claude Monet savoure ses retrouvailles avec l’artiste Eugène Boudin qui, en 1858, l’initia à la peinture sur le motif dans les environs du Havre. «Etudiez, apprenez à voir et à peindre, dessinez, faites du paysage», lui avait-il alors confié…

Cet été trouvillais marqua-t-il un tournant dans le style de Claude Monet ? Il semblerait que oui. D’une touche toujours plus allègre et avec une palette claire et lumineuse, Claude Monet peint le paysage qui s’offre à lui. Il ose donner plus d’importance à l’atmosphère, aux effets de l’air, du vent et du soleil. Une audace technique qui s’épanouira, deux ans plus tard, dans «Impression, soleil levant», peinture emblématique qui donna son nom au mouvement impressionniste…