19 mai 1911 : Alice Monet s’éteint…

Ne dit-on pas que derrière chaque grand homme se cache une (grande) femme ? Seconde épouse de Claude Monet, Alice, convaincue plus que quiconque du génie du peintre impressionniste, rendit son oeuvre possible. Celle qui eut tous les courages et en qui Claude Monet puisa son énergie créatrice succomba, le 19 mai 1911, à une leucémie myéloïde...

 

Personne n’aurait parié sur leur amour. Elle, châtelaine jalouse et à la personnalité bien aiguisée. Lui, peintre angoissé et sans le sou, prompt à la colère comme au découragement.. Et pourtant. C’est durant l’été 1876 et par un coup du destin que leurs vies s’entremêlent. Claude Monet est, alors, marié à Camille Doncieux tandis qu’Alice n’est autre que l’épouse d’Ernest Hoschedé, le marchand d’art qui, deux ans plus tôt, acquit «Impression soleil levant». Ce dernier comprit-il, plus tard, qu’il fit malgré lui entrer le loup dans la bergerie ? Au début de l’été et durant quatre mois, Claude Monet s’installe, à Montgeron, dans l’élégant château des Hoschedé. Son hôte, riche spéculateur passionné par les peintres impressionnistes, lui a commandé de grands panneaux décoratifs pour son salon. Un atelier est mis à la disposition de l’artiste. Souvent absent, Ernest Hoschedé offre à son épouse et Claude Monet l’occasion de partager de longs tête-à-tête. Le peintre apprécie Alice, femme de lettres alors âgée de 32 ans et qui a la classe d’une grande bourgeoise. Une personnalité forte, à mille lieux de la fragile Camille qui l’attend patiemment dans un modeste appartement d’Argenteuil ! Nul ne sait comment débuta cette idylle et de quelle manière elle se fortifia. Reste que tout bascule en 1878, lorsqu’Ernest, dont le médiocre sens des affaires n’a d’égal que sa folle prodigalité, tombe en faillite. Son château est vendu aux enchères. Face à cette chute inexorable, les familles Monet et Hoschedé, soit douze personnes au total, décident de partager une maison à Vétheuil. Ernest tente, entre la Belgique et Paris, de redorer son blason. D’autres diront qu’inapte à supporter cette déchéance sociale, il abandonne les siens. Alice, elle, accepte avec courage de faire le chemin si douloureux de l’opulence vers la pauvreté…

Pendant ce temps, Camille, dont la santé s’était déjà altérée à Argenteuil, s’affaiblit chaque jour un peu plus. Aggravé par son accouchement de 1878, un cancer de l’utérus la ronge. Veillée sans relâche par Alice, Camille décèdera le 5 septembre 1879. Animée d’une foi inébranlable, Alice prend dès lors en charge toute la maisonnée. Ernest Hoschedé, lui, ne reviendra qu’à de très rares occasions dans le giron familial. Avait-il pressenti l’amour naissant entre son épouse et le peintre impressionniste ? «Je sens bien que je vous aime plus que vous ne le supposez, plus que je ne croyais moi-même», écrit, en 1883, Claude à Alice. Jamais Ernest ne se rendra à Giverny, où le couple, qui brave les règles de morale et de bienséance du XIXème siècle, s’installe cette année-là. Tous deux patienteront jusqu’au 16 juillet 1892, soit seize mois après la mort d’Ernest, pour s’unir devant Dieu…