Mai 1891 : le triomphe des « Meules »

Le succès financier s’entêtait à le bouder. Le déclic vient en mai 1891, lorsque Claude Monet expose sa série des « Meules » dans la galerie parisienne de Paul Durand-Ruel…

Vous souvenez-vous qu’une « Meule » a été adjugée, en novembre 2016, à 81,4 millions de dollars lors d’enchères « record » organisées chez Christie’s, à New York ? Un joli pied de nez de l’Histoire, puisque c’est justement grâce à ses « Meules » que Claude Monet accéda à l’aisance financière !

Nous sommes le 4 mai 1891. A côté de quelques paysages et des deux fameuses « Femmes à l’ombrelle » -alors intitulées « Essais de figures en plein air »-, Claude Monet expose quinze « Meules » au 11 rue Le Peletier. Capturées, à Giverny, dans un format et cadrage identiques, elles respirent, tour à tour, la chaleur estivale, les rougeoiements de l’automne ou le froid hivernal. Fervent défenseur du peintre, Octave Mirbeau écrit : « Un même motif lui suffit à exprimer les multiples et si dissemblables émotions par où passe, de l’aube à la nuit, le drame de la terre ». Le journaliste Félix Fénéon, lui, fait montre de prouesses stylistiques ! « Au soleil soiral surtout s’exaltaient les Meules : l’été, elles s’auréolaient de pourpre en flammèches. L’hiver, elles ruisselaient au sol leurs ombres phosphorescentes… »

S’il n’est pas flamboyant, le succès critique est là. Mais le succès financier, lui, est retentissant ! Une lettre du peintre Pissarro à son fils Lucien, datée du 3 avril, laissait déjà entendre que « tous les amateurs ne demandaient que des Meules ». Trois jours après l’inauguration, l’artiste confirmait, un peu amer : « A peine ouvert, mon cher, tout est vendu, dans les trois à quatre mille chaque ! »

A cinquante ans, Claude Monet met enfin pied dans la catégorie des artistes aisés. Sa cote s’envole pour ne plus jamais décliner….

Dans le salon-atelier de la Fondation Monet trône, en bonne place, une reproduction de « La Meule » (1891, France, collection particulière)