L’été selon Monet…


Lorsque l’hiver pointait son nez, l’artiste, en quête perpétuelle de lumière, désertait souvent Giverny avec son chevalet. Jouait-il, l’été aussi, l’oiseau migrateur ?..

«C’est l’été. Les omnicolores capucines et les eschscholtzias safranés croulent de chaque côté de l’allée de sable, en dégringolées aveuglantes… Dans l’air passe le souffle frais des résédas qui se mêle à l’odeur poivrée des capucines»…. C’est en ces termes qu’Octave Mirbeau, fidèle ami de Claude Monet, décrit, en 1891, la propriété givernoise durant la belle saison. Un «pays splendide» qui plonge Claude Monet dans «le ravissement». Alors, pourquoi diable déserter, aux beaux jours, un si délicieux et inspirant eden ?!

Levé bien avant que le soleil ne s’étire, Claude Monet ne se lasse pas, durant l’été, de peindre sur le motif. En août 1891, c’est en canot qu’il rejoint le bras de Limetz pour y immortaliser ses fameux peupliers. Durant les étés 1896 et 1897, l’artiste fignole, sur son bateau atelier, ses splendides «Matinées» sur la Seine. S’il pose, durant l’été 1901, son chevalet à Lavacour, Claude Monet n’a déjà plus qu’une muse en tête : son jardin d’eau ! D’une inépuisable féérie, les nymphéas hanteront son pinceau dès l’été 1897. Et c’est en juillet-août 1899 qu’il entamera sa première série des ponts japonais…

Eté studieux… été heureux ! Entre deux virées à bord de sa rutilante Panhard & Levassor immatriculée «937-YZ», Claude Monet ouvre son repaire aux amis ou visiteurs de passage. Durant l’été 1887, le maître impressionniste reçoit Octave Mirbeau, Rodin, mais aussi Theodore Robinson qui deviendra un familier des bords de l’Epte. Deux ans plus tard, le Givernois d’adoption accepte d’accueillir, à sa table, un groupe d’américains. Parmi eux, Lilla Cabot et son compagnon Tom Perry ! Berthe Morisot, Eugène Manet mais aussi Stéphane Mallarmé déjeunent au Pressoir durant l’été 1890. Sous le soleil de 1913, c’est Georges Truffaut, le célèbre horticulteur, qui a l’honneur de fouler la propriété. Et n’oublions pas l’invité permanent, Georges Clémenceau, mais aussi Sacha Guitry qui, durant l’été 1915, y tourne une séquence de son film documentaire «Ceux de chez nous» !

Vous l’aurez compris. Devant une telle symphonie florale, picturale et amicale, Claude Monet n’avait, en été, qu’un seul soleil : Giverny…