La chambre de Monet : un musée intime…

C’est en n’ignorant rien du privilège qui lui est accordé que le visiteur pénètre, au premier étage, dans la chambre du maître impressionniste. Car cette pièce ne fut pas, uniquement, son havre de repos. Elle servit aussi d’écrin à son inestimable musée personnel…

«Sa chambre ressemblait à une véritable galerie de tableaux impressionnistes», témoigna, en 1927, Lilla Cabot Perry -l’une des artistes de la colonie américaine de Giverny- dans The American Magazine of Art. C’est, en effet, dans l’intimité de ces quatre murs que Claude Monet conservait les oeuvres, offertes ou achetées, de ses amis impressionnistes ou d’artistes admirés. De fidèles et silencieuses compagnes de vie, sur lesquelles il promena son exigeant regard des milliers de fois…

Dans sa collection privée figuraient, ainsi, des Cézanne, dont «Le nègre Scipion» accroché dans son cabinet de toilette, un Corot, quatre Jongkind, trois Delacroix, un Fantin-Latour, un Degas, deux Caillebotte, trois Pissarro ou un Sisley. S’y ajoutaient neuf Renoir, cinq Berthe Morisot, une aquarelle de Chéret, des Signac, un Vuillard, des Manet, des Sargent, deux bronzes de Rodin et, bien évidemment, des oeuvres de Boudin, son premier maître. Un trésor, dont il variait l’accrochage et qu’il n’ouvrait qu’à de très rares intimes : « Ma collection est pour moi seul… et pour quelques amis. Je la garde dans ma chambre, autour de mon lit… » confiait Claude Monet à l’écrivain Marc Elder au début des années 1920.

Aux oeuvres originales, jalousement conservées par le musée Marmottan Monet ou le Museum of Modern Art de New York, ont été substituées des répliques réalisées par la galerie parisienne Troubetzkoi. Mises en valeur par des cadres d’époque 1900, elles étincellent sur des murs tendus de draps de lin anciens.

«Contrairement au salon-atelier, il n’existait pas de photos historiques du premier étage qui nous auraient permis de restituer les intérieurs et accrochages à l’identique», explique M. Hugues Gall, directeur de la Fondation Monet. Mais nous connaissions, avec précision, la collection du peintre et les oeuvres qu’il avait accrochées dans sa chambre». C’est, en effet, grâce aux témoignages de Julie Manet, la fille de Berthe Morisot ou de Gustave Geffroy, fidèle ami de Claude Monet qu’une reconstitution fidèle de l’accrochage original a pu, en 2013, être proposée aux visiteurs. «Les dimensions de chaque toile ont dicté certains emplacements avec la force de l’évidence», complète Hugues Gall.

Cette étourdissante collection vous passionne ? Sachez que le musée Marmottan Monet organisera, du 14 septembre 2017 au 14 janvier 2018, une exposition inédite intitulée «Monet collectionneur». Vous pourrez vous enivrer des Delacroix, Boudin, Manet, Renoir, Caillebotte, Cézanne, Morisot ou Rodin qui, jadis, illuminèrent sa propriété givernoise… A inscrire d’ores et déjà sur vos tablettes !