Kickliy sort de son trou de souris !

Caché derrière un pseudonyme et d’épaisses lunettes noires, l’auteur de la BD «Musnet» cultive l’énigmatisme. Mais, sur un banc de Giverny, l’américain Kickliy a laissé tomber le masque…

«Alors qu’un matin, je visitais la Fondation Monet, j’ai vu une petite souris qui courait dans la maison. Des femmes criaient. N’ayez pas peur, c’est la souris de Monet, leur ai-je rétorquées ! La seconde suivante, j’ai pensé : mais quelle belle idée de scénario ! Dans ma tête, le personnage de Musnet était né…». Reste que ce face-à-face fortuit avec un rongeur givernois n’explique pas tout. Dans la vie du quadragénaire Kickliy, il y a eu un avant et un après : «Avant, j’étais un auteur de comic books. Mais je m’ennuyais, j’étais stressé, explique ce natif du Minnesota. Je faisais ce que les autres attendaient de moi et voulais à tout prix plaire et être célèbre. Je me conformais. En fait, je me mentais à moi-même…». Et puis vint l’électrochoc. Un terrible accident de voiture. «Je suis resté alité des mois, entre souffrances et dépression. Les médecins m’ont fait comprendre qu’il était vital que je bouscule ma vie. Lorsqu’ils m’ont demandé ce que j’avais envie de faire, j’ai répondu : aller voir des artistes en France !»

A Paris, où il râtisse les musées avec ravissement, Kickliy tombe nez-à-nez avec une toile de Monet. File à Giverny, «ce lieu si magique» habité par un rongeur providentiel. Et c’est le déclic. Sous son crayon exalté naissent les aventures de Musnet, cette souris opiniâtre et dégourdie qui, au contact de Giverny et du maître impressionniste, se met en tête de devenir artiste-peintre : «Ce n’est pas l’histoire de Monet même si, à travers Musnet, je tisse un pont entre les lecteurs et le peintre. J’y explore surtout les difficultés qu’une trajectoire d’artiste comporte».

Le «papa» de Musnet délivre, en un temps record, quatre tomes qui épousent le rythme des saisons. Le dernier, sorti le 9 juin 2017, s’intitule «Les larmes du peintre». Des larmes que Kickliy lui-même peine à ravaler lorsqu’il bute sur la question «Qu’aurait pensé Monet de votre travail ?». Car ce gaillard à la sensibilité exacerbée, qui a étudié sans relâche les peintures des grands maîtres, voue une admiration sans bornes à Claude Monet : «Je ressens un vrai lien avec lui. Il peignait ce qu’il ressentait, avec une honnêteté que je m’efforce de faire mienne. Et cet endroit -Giverny- m’a tellement aidé !» Comme l’illustre peintre-jardinier, Kickliy aimerait mettre les mains dans la terre. Apprendre cet autre art si noble. Au point qu’il aspirerait, «en hiver, à venir travailler dans son jardin». Son rêve ultime ? S’installer en France !

Vous l’aurez compris. Le coup de crayon de Kickliy, qui planche actuellement sur la deuxième série de «Musnet», transpire d’émotions artistiques et d’histoire personnelle. Sa véritable identité ? Classée secrète ! «Je suis devenu un nouvel être humain. Peu importe ce qui s’est passé avant». Tout au plus découvrira-t-on que Kickliy est le nom de son arrière grand-père autrichien, tué dans une mine aux Etats-Unis. Son arrière grand-mère s’est ensuite remariée et a changé de nom…

S’il confesse avoir concédé «nombre de sacrifices» pour transformer le rêve «Musnet» en réalité, Kickliy est aujourd’hui un homme neuf et heureux. Vous voulez percer son mystère ? Dévorez «Musnet». Car, entre les bulles, vous y découvrirez, sûrement, qui il est vraiment…