Janvier 1888 : Claude Monet s’enivre de Méditerranée…

Encouragé par les récits de Guy de Maupassant, Claude Monet visite, au début de l'année 1888, la Côte d'Azur. Avec d'autres peintres dont Renoir ou Signac, il offrira à la côte méditerranéenne ses toiles de noblesse...


Antibes, vue de la Salis (1888), Claude Monet. Collection privée

13 Janvier 1888. Claude Monet, qui a pris l’habitude de déserter Giverny durant l’hiver, met cap sur la Méditerranée. Auréolée d’une lumière particulière, cette destination lui est familière puisqu’il effectua, quatre ans auparavant, un voyage d’études sur la Riviera…

Après avoir relayé Cassis en train de nuit, dormi à Toulon et gagné Juan Les Pins en omnibus, le maître impressionniste se fait conduire au Cap d’Antibes. Recommandé par Guy de Maupassant, l’artiste est chaleureusement accueilli au château de la Pinède, une noble demeure devenue «maison de peintres». Son séjour ne commence pas sous les meilleurs auspices. La présence du peintre Henri Joseph Harpignies et d’une cohorte d’élèves l’incommode. Et, comble de déveine, « il fait un temps de chien, de la pluie à torrents, donc impossibilité de voir et de se rendre compte du pays » ! Après quelques jours de prospection, Claude Monet tombe sous le charme des jardins de Salis, du plateau de la Garoupe qui culmine à 75 m d’altitude et de la pointe Bacon. Tous ces somptueux motifs offrent des vues admirables sur Antibes et sur les Alpes. La morosité a laissé place à l’enthousiasme : « J’ai cinq ou six motifs superbes à faire et très rapidement, si le temps reste aussi resplendissant qu’il est ; c’est féerique». Très vite, il obtient de l’autorité militaire concernée l’autorisation de peindre à Antibes. «Je peins la ville d’Antibes, une petite ville fortifiée toute dorée par le soleil, se détachant sur de belles montagnes bleues et roses et la chaîne des Alpes éternellement couvertes de neige», écrit-il le 20 janvier. Tout à son travail, il évite le plus possible les rencontres qui le décentreraient de sa quête. Ainsi décourage-t-il Renoir, installé chez Cézanne à Aix-en-Provence, de venir le rejoindre. Le 1er février, Claude Monet a d’ores et déjà entamé quatorze toiles. « Je m’escrime et lutte avec le soleil, narre-t-il à son ami Rodin. Et quel soleil ici ! Il faudrait peindre ici avec de l’or et des pierreries. C’est admirable ».

Reste que, mécontent de ses premières toiles, il en gratte deux. Ainsi écrit-il à Octave Mirbeau, aux alentours du 1er mars et avec un art consommé de la litote : «C’est un véritable meurtre ! Prenez garde d’avoir la folie du toujours parfait !» En dépit d’une lettre encourageante de Théo van Gogh, qui le prie d’être le premier à découvrir ce qu’il rapportera d’Antibes, Claude Monet craint «d’être fini, vidé». Contrarié par les caprices de la météo, son séjour s’éternise: « Il faut à tout prix que je lutte ici jusqu’au bout, je me donne comme dernière limite jusqu’au 15 avril», écrit-il à Alice. Quelques allers retours à Cannes, où il visite Maupassant, chassent son dépit tout autant que sa mauvaise humeur. Avril sonne le retour du beau temps et de la confiance ! «Journée splendide : il a fallu arborer le chapeau de paille. J’ai beaucoup et bien travaillé, je crois ! »

Le 30 avril et quelques jours avant de rentrer à Giverny, le peintre impressionniste écrit une dernière lettre à Alice : « Je ne puis laisser ces toiles dans cet état, il faut absolument que j’y mette ce qui leur manque. Je crois qu’elles seront très bien ou alors je me fourre dedans et deviens fou. » Un Monet adepte de l’hyperbole et fidèle à lui-même !