Et Claude Monet découvrit la Norvège…

C’était il y a cent vingt-quatre ans. En incessante quête de lumières et paysages inédits, Claude Monet découvre, en janvier 1895, la splendide Norvège…


Paysage de Norvège. Les maisons bleues. Huile sur toile,1895. (c) Musee Marmottan Monet, Paris, France / Bridgeman Images

Le manque de persistance de la neige et du gel dans le bocage normand exaspérait, ces derniers hivers, Claude Monet. Impossible de fixer ces merveilles éphémères sur la toile ! Aussi glisse-t-il, dans ses bagages, pinceaux et chevalet et met-il cap, le 28 janvier 1895, sur la Norvège. Après avoir voyagé, en train express, de Paris à Kiel, le maître impressionniste navigue sur un paquebot danois jusqu’à Korsör, dans l’île de Seeland. Entre glaçons et tempête de neige, la traversée s’achève avec quatre heures de retard ! Après avoir atteint Helsingör le 31 janvier, Claude Monet emprunte un second bateau qui le conduit, en Norvège, jusqu’à Helsingborg. Puis un train ! Autant dire que c’est un peintre éreinté et grognon qui pose pied à Christiania où l’attend Jacques Hoschedé, l’un des six enfants de sa compagne Alice…

Guidé par son beau-fils, employé d’un importateur de bois norvégien, Claude Monet s’enivre, dès le lendemain, du magique hiver scandinave. Lorsqu’il n’use pas des chemins de fer, il goûte, enveloppé dans une peau d’ours et le visage couvert de glaçons, aux joies du traîneau ! Sportif et endurant, le maître givernois s’attire même les éloges des Norvégiens ! «Ce qui est vraiment délicieux, c’est cette vie d’ici ; d’aller en traîneau enveloppé de fourrures, c’est exquis, puis les fameux chiens, écrit-il à Alice. C’est de la frénésie, toute la population ne songe qu’à cela, des tout petits gosses comme les grandes personnes». L’artiste s’enthousiasme même pour les courses de ski !

Après avoir comblé ses penchants touristiques, Claude Monet se met en quête d’une petite localité susceptible de satisfaire ses coups de pinceau. Sur les conseils de locaux, il jette son dévolu sur la charmante Sandviken, une paisible bourgade en bord de mer. Hebergé, au Hameau de Björnegaard, dans une sorte de ferme des artistes, il côtoie, dans la salle à manger commune, des peintres norvégiens et un écrivain danois. Ce n’est que le 21 février qu’apparaît, dans ses correspondances, la première mention d’un travail pictural. Equipés de pelles, Claude Monet et son beau-fils se créent un chemin dans la neige pour gagner les fjords gelés ! Appliquant le procédé des séries, le peintre fixe, à différents moments de la journée, ce «merveilleux pays». Parmi ses motifs de prédilection, un coin de Sandviken «qui ressemble à un village japonais», un fjord à une demie-heure de traîneau de Björnegaard ou une montagne, le mont Kolsaas, «qui fait songer au Fujiyama». C’est aussi et surtout une course de vitesse contre le dégel menaçant que mène l’artiste givernois…

Fin de partie le 26 mars, date à laquelle Claude Monet retourne à Christiania pour s’installer au Grand Hôtel. Entre deux soirées au théâtre et une entrevue avec le prince Eugène de Suède, il visite un fjord sur un bateau à éperon et revient, selon Daniel Wildenstein, «anéanti d’émotion esthétique». Et c’est touché par les témoignages d’affection des Norvégiens -le chroniqueur du quotidien Dagbladet lui a consacré un article élogieux- qu’il prend, le 1er avril, le chemin du retour. A peine a-t-il posé ses bagages à Giverny qu’il fait parvenir à son marchand d’art Paul Durand-Ruel cette missive : «je ne suis pas trop mécontent de ce que je rapporte»…