Dans le sillage des capucines…

Les capucines sont les incontestables stars de l'été. Zoom sur les indémodables hôtes de l'allée centrale !

Longue de cinquante-trois mètres, la fière et grande allée se gorge, au fil de la saison estivale, d’un tapis de capucines rampantes et enchanteresses… Tout commence le 2 novembre, lors du premier jour de fermeture au public. Considérées comme des annuelles pures, les capucines de Lobb sont purement et simplement arrachées tandis que les graines sont éventuellement récupérées. «C’est au début du mois d’avril qu’elles sont resemées en pleine terre, explique notre chef jardinier adjoint Rémi Lecoutre. Cette saison et à cause des gelées tardives, elles ont été semées un peu plus tard». Comme l’an passé, nos capucines ont été attaquées par des puces de terre également appelées altises des crucifères. Ces insectes de l’ordre des coléoptères, qui raffolent de la chaleur, ont été neutralisés par un traitement compatible avec l’agriculture biologique et une brumisation renforcée…

Si le spectacle sera à son apogée en septembre, nos mains vertes s’échinent à orchestrer ce bal et dompter ces capucines aux velléités d’indépendance ! Eprises de liberté, elles aimeraient s’élancer, courir telles des sauvageonnes et coloniser les alentours… «Les capucines ont tendance à grimper à la verticale et à se frayer un chemin pour aller vers la lumière du soleil, ajoute Rémi Lecoutre. Aussi, nous les palissons à l’horizontale. Une à deux fois par semaine, nous les contrarions, nous les tordons délicatement afin qu’elles aillent dans la bonne direction !». Dès lors et au fil des jours, elles esquissent une rivière d’une teinte étonnante et qui serpente entre les massifs aux allures de berges vertes…

Mais comment diable Claude Monet eut-il cette idée géniale d’habiller la grande allée avec cette variété aussi florifère que délicate ? Lorsqu’il s’installe dans la maison givernoise en 1883, l’allée centrale, gorgée de cyprès et d’épicéas, est noyée dans la pénombre. Si sa compagne Alice défend bec et ongles ces grands arbres, l’artiste considère qu’ils «font du tort à ses plantations». Lui qui, dans son jardin ou sur ses toiles, voulait tant éclairer l’ombre ! Alice acceptera que l’on supprime les cyprès, à l’emplacement desquels furent installés les arceaux métalliques. Comme le souligne un document d’archives, les épicéas -voués aux aussi à la disparition ! -sont encore là lorsque les premières capucines apparaissent. Les visiteurs et proches de Claude Monet s’extasieront devant cet étonnant spectacle. Parmi eux, Octave Mirbeau qui écrit : « Les capucines ont envahi l’allée, et leurs fleurs multipliées à l’infini, éclatantes, ont dévoré le feuillage… »

Selon Gilbert Vahé, chef jardinier historique de la restauration du domaine, Claude Monet aurait testé la culture des capucines suite à une erreur de commande ! Et c’est au retour d’un voyage entrepris en Italie au printemps 1884 que le peintre impressionniste ébaucha sa vision artistique de la grande allée. «Claude Monet avait été subjugué, à Bordighera, par le jardin Moreno, explique Gilbert Vahé. Un lieu touffu, foisonnant, quasi tropical. Il a voulu recréer, à Giverny, ce qu’il avait ressenti là-bas…». Et, comme il l’explique dans son ouvrage dédié à la restauration du domaine –Le jardin de Monet à Giverny – Histoire d’une renaissance ((Editions Gourcuff/Gradenigo), récréer cette grande allée telle que l’imagina Claude Monet était un «must absolu». Car «celle-ci est bien autre chose qu’un simple raz-de-marée de capucines». Elle révèle l’immense palette de son univers pictural et ses plus profondes émotions d’artiste…