Christian Caron : «En 1986, nous n’étions que cinq dans le jardin !»

Responsable, côté jardin, de la production depuis 1990, Christian Caron goûtera, fin avril, à une retraite méritée. Rencontre avec le maître des serres…

Où avez-vous aiguisé vos armes de jardinier avant d’intégrer la Fondation Monet ?

J’ai toujours été passionné par l’horticulture ! J’ai passé un CAP de floriculture, qui initie aux techniques de la culture des fleurs et plantes d’ornement. Moi qui suis originaire du coin -à une quarantaine de kilomètres de Giverny-, j’ai longtemps vendu des plantes chez des producteurs. Et je suis arrivé à la Fondation en 1986 !

Vous êtes-vous, d’emblée, spécialisé dans le travail en serres ?

Non ! Durant les premières années, j’ai travaillé au jardin avec les autres. A l’époque, tout était différent puisque l’équipe de jardiniers n’était constituée que de cinq personnes ! Depuis, on a évolué ! Nous étions donc, inévitablement, multitâches. Je suis devenu responsable de la production en 1990.

A votre arrivée, de quels équipements couverts la Fondation était-elle dotée ?

Les petites serres du Clos Normand, construites par Claude Monet lui-même en 1893, étaient bien évidemment là ! Elles sont beaucoup plus chaudes que les autres et servent majoritairement aux semis d’annuelles. La grande serre du haut, située au bout de la petite rue Hélène Pillon, existait déjà aussi. Mais nous n’avions pas encore les tunnels, ou ombrières, aujourd’hui installés dans la rue Claude Monet, entre la Fondation et le musée des impressionnismes. Ceux-là ont été construits sept ou huit ans après.

Quid de l’effectif actuel de l’équipe «production» ?

Dans les serres, j’ai d’ordinaire deux apprentis avec moi . Ma remplaçante, Magali Bedel, est actuellement à mes côtés afin de préparer le passage de relais ! En ce moment, j’ai aussi une BTS dans l’équipe. Et parfois de jeunes stagiaires !

A l’abri du regard des visiteurs, les serres attisent la curiosité ! Que s’y passe-t-il de janvier à fin décembre ?

Au début de l’année, on y sème les annuelles, dont des salvias, impatiens ou encore pétunias. Nous devons ensuite repiquer, rempoter… Ces annuelles seront transplantées dans le jardin après les saints de glace, aux alentours du 15 mai. En tout cas pour les plus fragiles ! Les plus solides pourront, en effet, être plantées un peu plus tôt. Puisqu’on ne plante pas tout d’un coup et en cinq minutes, il nous faut entretenir celles qui restent. Certaines sont placées sous les tunnels. Grâce à cette étape intermédiaire, elles durcissent. Car, en serre, elles pourraient devenir trop tendres ! Elles iront ensuite, à leur tour, dans le jardin. On entretient et rempote ce qui reste. Mais plus la saison avance, plus on trie. Et, s’il y en a trop, on jette !

La deuxième grande étape concerne les bisannuelles ?

En effet ! Après avoir nettoyé les serres, on repart sur les bisannuelles, c’est à dire les giroflées, myosotis, pensées, pâquerettes… Nous les semons fin juillet, début août. Quelques semaines après le semis, le repiquage est nécessaire. Nous préparons donc le terrain -à ciel ouvert et au dessus des grandes serres- et les repiquons une par une ! C’est un travail d’orfèvre ! Les jardiniers viennent, à cette étape, nous donner un coup de main. Il nous faut aussi emplir les tunnels de pensées à partir de la mi-août. Les bisannuelles sont destinées à être mises en terre à partir du mois de décembre. Cette saison, les jardiniers les ont finies au mois de janvier.

Que faites-vous le premier jour de la fermeture du jardin, soit le 2 novembre ?

Ce jour là, je suis avec les autres dans le jardin ! Je récupère tout ce que je veux récupérer, j’arrache et je rempote après. L’idée est de faire le tri ! Nous ramassons également tout ce qui est gélive et que nous souhaitons conserver. Et on rempote tout ça. On fait des boutures pour l’année d’après. Et notamment du géranium destiné à orner le devant de la maison de Claude Monet. On sème de la vivace. Et, tout l’hiver, nous entretenons tout ce que nous avons récupéré !

Usez-vous systématiquement, dans les serres, de produits phytosanitaires ?

Nous sommes parfois contraints de traiter lorsque les bêtes, notamment les puçerons et aleurodes, sont là ! En cas d’hiver assez froid, il y en a moins. Parfois, on commence à traiter dès le mois de janvier. Et parfois seulement en mars ! Il n’y a donc pas de règles. La technique naturelle consistant à introduire des insectes prédateurs fonctionne bien en serre. Et une chose est sûre : celle qui me remplacera ira encore davantage vers le bio !

Vous qui évoluez dans les jardins depuis trente-deux ans, quel regard posez-vous sur la Fondation Monet d’aujourd’hui ?

J’ai, en effet, connu le jardin sous Gérald Van der Kemp. C’était, à l’époque, très familial et plus tranquille car il n’y avait pas la même affluence. Aujourd’hui, il y a davantage de public et le lieu est devenu beaucoup plus médiatique. Mais il a gardé son authenticité !

Quitterez-vous le jardin avec un petit pincement au coeur ?

Je ne crie pas «chouette!!» mais il faut savoir s’arrêter. Et, dans l’ensemble, ça ne s’est pas trop mal passé ! J’ai 62 ans et j’aurai déjà dû m’arrêter il y a deux ans ! Je n’oublierai jamais ce lieu fantastique. J’y ai vécu pendant des dizaines d’années et me suis intéressé à son histoire. Aux variétés de plantes que cultivait Claude Monet. J’en ai appris un peu plus tous les jours. Et ça, je ne l’oublierai pas !