7 mars 1891Lorsqu’Octave Mirbeau « chantait » Giverny…

Il y a cent vingt six ans jour pour jour, l’homme de lettres Octave Mirbeau, fidèle ami de Claude Monet, livrait un précieux témoignage sur l’antre du maître impressionniste…

Polémiste impénitent autant que critique d’art éclairé, Octave Mirbeau (1848-1917) ne maniait guère la nuance. A fleur de plume, ce tendre à la dent dure était entier. Quand il détestait, il se faisait impitoyable. Quand il admirait, cet homme de lettres se répandait en louanges. Et qu’importe si elles étaient excessives ! Ainsi, lui qui conspua les adversaires de l’impressionnisme défendit bec et ongles le « génie » Monet. Aux yeux d’Octave Mirbeau, qui contribua à l’imposer à une opinion rétive, le peintre opéra une telle « révolution du regard » qu’il nous apprit « enfin à voir » et à découvrir « l’insaisissable »…

Qui mieux, dès lors, que cette plume aiguisée pour « déchiffrer » les secrets du peintre devenu son fidèle ami ? Qui mieux que ce terrien passionné d’horticulture, pour saisir les nuances des jardins givernois, miroirs de la palette de l’artiste qu’il admirait tant ?

Octave Mirbeau fut, ainsi, le premier écrivain journaliste à décrire ce chef d’oeuvre floral qu’il arpenta régulièrement en tant qu’invité. Il y a cent vingt six ans ans jour pour jour, le 7 mars 1891, il signait, dans la revue « L’Art dans les deux mondes », un billet aussi fougueux que poétique. Lisez plutôt : « Une maison crépie de mortier rose, au fond d’un jardin toujours éblouissant de fleurs…. C’est là, dans cette perpétuelle fête des yeux, qu’habite Claude Monet. Et c’est bien le milieu qu’on imagine pour ce prodigieux peintre de la vie splendide de la couleur, pour ce prodigieux poète des lumières attendries et des formes voilées, pour celui qui fit les tableaux respirables, grisants et parfumés, qui sut toucher l’intangible, exprimer l’inexprimable, et qui enchanta notre rêve de tout le rêve mystérieusement enclos dans la nature, de tout le rêve mystérieusement épars dans la divine lumière. »
C’est le printemps…Les ravenelles achèvent d’exhaler leurs derniers arômes… Les iris dressent leurs pétales récurvés , fanfreluches de blanc, de mauve, de lilas, de jaune et de bleu (…) évoquant des rêves tentateurs et pervers, pareils à ceux qui flottent autour des troublantes orchidées…Les coquelicots évasent, sur leurs pédoncules velus, d’énormes coupes de sang vermeil…

C’est l’été. Les omnicolores capucines et les eschscholtzias safranés croulent de chaque côté de l’allée de sable, en dégringolées aveuglantes…

C’est l’automne… A la féérie des pavots succède la féerie des fastueux dahlias… étoiles qui tremblent et scintillent en haut des tiges frêles, ramifiées , charmantes de grâce légère et hardie….  »
Farouchement d’actualité, cette joyeuse invitation au voyage givernois n’a pas pris une ride. Alors, vous aussi, dès le 24 mars, venez marcher dans les pas d’Octave Mirbeau et apprivoiser les mille et une nuances du jardin du maître !