5 décembre 1926 : Disparition du maître de la lumière….

C’était il y a tout juste 91 ans… Claude Monet, 86 ans, s’éteignait dans sa maison de Giverny…

Quinze jours avant sa mort, le génie impressionniste déjeunait encore, à table, avec son fidèle complice Georges Clemenceau. Tout heureux qu’il était de recevoir, bientôt, un stock de bulbes de lys du Japon, Claude Monet ne parla que jardinage. Car, comme le confirmera sa belle-fille Blanche Hoschedé qui veilla sur lui jusqu’à son dernier souffle, il ne pensait plus à la peinture et ne parlait que de ses fleurs…

2 décembre. L’ex-président du Conseil, alerté par Blanche qu’il surnommait «l’ange bleu», accourt à Giverny. Claude Monet, qui lutte contre un cancer des poumons, est au plus mal et souffre le martyre… Trois jours plus tard, Georges Clemenceau est réappelé d’urgence dans le village fleuri. Son grand ami agonise. «Souffrez-vous ?», lui demande-t-il en lui prenant la main. «Non», lui répond Claude Monet d’un filet de voix quasi imperceptible. Et le Tigre de recueillir le dernier soupir du mourant… «La fin de mon pauvre père fut douce», confirmera Michel Monet…

Dès le lendemain, les quotidiens rendent unanimement hommage au maître impressionniste. «Synthétisant tout ce qui était forme et contour, sacrifiant la pureté de la ligne à l’éclat des tonalités, il fut à proprement parler un magicien de la clarté», écrit une plume du Journal. «Les modes passent, la peinture reste. Sous cet angle, l’œuvre de Claude Monet demeurera sans reproche, très grand et très pur, et la mémoire du peintre restera comme celle d’un artiste dont une époque peut s’enorgueillir», peut-on lire dans le Petit Parisien…

Les obsèques sont fixées au mercredi 8, à dix heures et demie. En dépit des consignes familiales, de nombreux curieux et badauds se pressent sur le chemin du Roy. Parvenu, non sans difficultés, jusqu’à la propriété du maître, Georges Clemenceau écarte, d’un geste décidé, le drap noir destiné à recouvrir le cercueil. «Pas de noir pour Monet !» Et de le remplacer par une étoffe à fleurs, réhaussée des couleurs qu’il affectionnait. Vers onze heures, le cortège, mené par le maire Alexandre Gens, prend la direction de l’église. Appuyé sur sa canne, Georges Clemenceau donne le bras au docteur Rebière, le médecin de Claude Monet. A mi-chemin, il vacille. Ses mains tremblent et ses yeux se remplissent de larmes. Mais il continue, jusqu’à la limite de ses forces. «Je veux le voir descendre», assène-t-il….

Une descente longue et pénible qui s’achève par deux chocs sourds. Pour son fils Michel, sa belle-fille Blanche, ses proches et amis, le temps s’est douloureusement arrêté. Mais le vent de liberté picturale insufflé par Claude Monet est, lui, plus vigoureux que jamais…