3 mai 1883. Et Monet s’installa au «Pressoir»

monet 1883
Famille Monet Hoschedé © Musee Marmottan Monet, Paris, France / Bridgeman Images.
De gauche à droite : Michel (assis), Alice Hoschedé, Claude Monet, Jean-Pierre, Blanche, Jean, Jacques (debout), Marthe (au premier plan), Germaine et Suzanne (1886)

C’était il y a 134 ans. Claude Monet s’installe avec ses deux enfants -Michel et Jean-, Alice Hoschedé et les six enfants de celle-ci -Blanche, Suzanne, Germaine, Jean-Pierre, Marthe et Jacques- à Giverny…

Lui qui circule régulièrement entre Paris et la Normandie connaît Vernon depuis belle lurette. Mais comment diable Claude Monet a-t-il déniché Giverny, village qui comptait, en 1883, 279 âmes ? Selon son beau-fils Jean-Pierre Hoschedé, un voyage de prospection dans un petit train reliant Vernon à Gisors, ainsi qu’un déplacement à pieds, auraient permis de débusquer la pépite.

Après avoir résidé, quelques jours, dans l’unique auberge du village, la tribu recomposée loue au riche viticulteur Louis-Joseph Singeot une bâtisse située sur le lieu-dit du «Pressoir». D’apparence, elle tranche avec les autres du voisinage. Son crépi est rose et ses volets gris. Quant au toit d’ardoises, il est orné d’un fronton central percé d’un oeil de boeuf, au cachet «très XVIIIe siècle». L’ensemble, entièrement clos de murs, s’étend cour, jardin et «masures», sur quatre-vingt seize ares. Une grange en terre battue prolonge l’aile ouest de la bâtisse. C’est ici que Claude Monet établit son premier atelier, grâce à la pose d’un plancher et l’installation d’un escalier. Mais, trop exigu et mal éclairé, cet espace se muera, dès 1889, en salon-fumoir tandis que le peintre se fera bâtir un nouvel atelier.

Le jardin, peu imaginatif et majoritairement planté en verger, ne trouve guère grâce aux yeux de Claude Monet. Il éxècre notamment les buis taillés, et rêve d’emblée de réaménager l’allée centrale, bordée d’épicéas et de cyprès. Le sol, calcaire sur une couche argileuse, se révèle pauvre et mal drainé. Seuls les tilleuls conduisant à un portail, et les deux ifs ouvrant la grande allée, charment son oeil exigeant. Mais, époustouflé par le touffu de la végétation avoisinante, le maître impressionniste décèle, immédiatement, le potentiel des lieux. L’histoire givernoise de Claude Monet est en marche…