19 mai 1911 : Alice Monet s’éteint…

A Giverny, la chambre d’Alice Monet, ouverte au public.
Alice Monet (1844-1911) et sa petite-fille Lily Butler (1894-1949) à Giverny, 1910. © Musée Marmottan Monet, Paris / Bridgeman Images

Après deux années de souffrances et d’immense fatigue, Alice Monet succombe, le 19 mai 1911, à une leucémie myéloïde. Le traitement par radiothérapie n’aura fait que retarder la douloureuse échéance…

«Mon pauvre ami, c’est fini. Ma compagne adorée morte ce matin 4h. Je suis désemparé, perdu», écrit Claude Monet au critique d’art Gustave Geffroy, ami de tous les instants. Aux obsèques, organisées le lundi 22 mai en l’église de Giverny, le maître impressionniste donne, à ses proches et amis dont le vieillissant Degas, l’image d’un septuagénaire désemparé. Terrassé par un immense désarroi, l’artiste déserte tant son atelier que son jardin. Sa belle-fille Marthe, mais aussi Geneviève, l’épouse de Jean-Pierre Hoschedé, se relaient pour jouer les maîtresses de maison. Si, à l’automne et au grand soulagement de tous, Claude Monet exprime son désir de «terminer quelques toiles de Venise», il s’enferme dans une demi-solitude. Comment pourrait-il en être autrement ?

Alice fut, en effet, la femme de sa vie. C’est en 1876 que leurs destinées s’entremêlent. Claude Monet est, alors, marié à Camille Doncieux tandis qu’Alice n’est autre que l’épouse d’Ernest Hoschedé, le marchand d’art qui, deux ans plus tôt, acquit «Impression soleil levant». Au début de l’été et durant quatre mois, Claude Monet s’installe au château des Hoschedé à Montgeron, où il peint de grands panneaux décoratifs commandés par son hôte. L’artiste apprécie Alice, femme de lettres et de caractère, avec qui il partage de longs tête-à-tête. Tout bascule en 1878, lorsqu’Ernest, dont le médiocre sens des affaires n’a d’égal que sa folle prodigalité, tombe en faillite. Son château est vendu aux enchères. Les familles Monet et Hoschedé, soit douze personnes au total, décident de partager une maison à Vétheuil. Ernest tente, entre la Belgique et Paris, de redorer son blason. D’autres diront qu’inapte à supporter cette déchéance sociale, il abandonne les siens.

Veillée sans relâche par Alice, Camille décèdera d’un cancer le 5 septembre 1879. Alice prend en charge toute la maisonnée. Ernest Hoschedé, lui, ne reviendra qu’à de très rares occasions dans le giron familial. Avait-il pressenti l’amour naissant entre son épouse et le peintre impressionniste ? «Je sens bien que je vous aime plus que vous ne le supposez, plus que je ne croyais moi-même», écrit, en 1883, Claude à Alice. Jamais Ernest ne se rendra à Giverny, où le couple, qui brave les règles de morale et de bienséance du XIXème siècle, s’installe cette année-là. Tous deux patienteront jusqu’au 16 juillet 1892, soit seize mois après la mort d’Ernest, pour s’unir devant Dieu…

Celle qui fut «tout dévouement» manquera cruellement au peintre durant les quinze dernières années de sa vie. Mais Alice, qui aima Claude Monet sans partage, ne fut pas qu’une compagne. Celle qui incarna si bien la sollicitude maternelle ne fut pas qu’une mère et belle-mère. Elle fut aussi celle qui rendit possible l’oeuvre du maître impressionniste…